lundi 20 juillet 2026 - 00:54
Soulèvements avant l’apparition de l’Imam al-Mahdi (a.s)
Soulèvements avant l’apparition de l’Imam al-Mahdi (a.s)

Hawzah / En se fondant sur certaines traditions, certains ont estimé que tout mouvement dirigé contre les gouvernants tyranniques avant l’apparition de l’Imam du Temps (a.s) était interdit. C’est pourquoi ils se sont opposés à tout appel en faveur de la justice, le qualifiant de Taghout.

(A.P.Hawzah) L’une des questions qui, dans les études consacrées à la Mahdawiyah, a toujours suscité débats et controverses est celle des soulèvements et des gouvernements établis durant l’époque de la Grande Occultation et avant le soulèvement universel de l’Imam al-Mahdi (qu’Allah hâte son réapparition).

Certains, s’appuyant sur un certain nombre de hadiths, ont pensé que toute initiative ou tout soulèvement précédant l’apparition de l’Imam du Temps (que la paix soit sur Lui) était prohibé. De ce fait, ils se sont opposés à toute revendication de justice et l’ont assimilée au Taghout.

Nous proposons ici un bref examen des traditions relatives aux soulèvements précédant l’apparition.

Le caractère « Taghoutique » des porte-étendards des soulèvements précédant l’apparition

Certaines de ces traditions condamnent, de manière générale, toute insurrection et toute bannière levée avant le soulèvement de l’Imam al-Mahdi (qu’Allah hâte son apparition), en qualifiant leur porte-étendard de Taghout ou même de polythéiste. Nous nous limiterons ici à citer deux hadiths.

Dans le livre al-Kafi, vol. 8, p. 295, il est rapporté que l’Imam al-Sadiq (que la paix soit sur Lui) a déclaré :

كُلُّ رَايَةٍ تُرْفَعُ قَبْلَ قِيَامِ الْقَائِمِ فَصَاحِبُهَا طَاغُوتٌ يُعْبَدُ مِنْ دُونِ اللَّهِ عَزَّ وَجَلَّ

Toute bannière qui sera levée avant le soulèvement d’al-Qaʾim aura pour porte-étendard un Taghout adoré en dehors d’Allah, le Puissant et le Majestueux.

Dans le livre al-Ghaybah d’al-No'mani, p. 114, l’Imam al-Baqir (que la paix soit sur Lui) rapporte :

كُلُّ رَايَةٍ تُرْفَعُ قَبْلَ قِيَامِ الْقَائِمِ فَصَاحِبُهَا طَاغُوتٌ

Toute bannière levée avant le soulèvement d’al-Qaʾim a pour porte-étendard un Taghout.

Indépendamment des critiques formulées quant à la chaîne de transmission de ces traditions, l’un des chercheurs, dans son analyse de leur portée sémantique, écrit que l’appel se divise en deux catégories :

1. L’appel vers la vérité : Il consiste à appeler les gens à rétablir la vérité et à restituer l’autorité gouvernementale à ceux qui en sont les légitimes détenteurs, c’est-à-dire l'Ahl al-Bayt (que la paix soit sur Eux). Un tel appel a toujours été approuvé par les Imams infaillibles (que la paix soit sur Eux).

2. L’appel mensonger : il consiste à appeler les gens afin de mettre sa propre personne en avant et de rechercher une autorité personnelle. Les hadiths précitées visent précisément cette seconde catégorie de soulèvements, c’est-à-dire les mouvements qui se situent en opposition et en concurrence avec l’appel d'Ahl al-Bayt (que la paix soit sur Eux), et non ceux qui s’inscrivent dans leur prolongement et sur leur voie.

Par conséquent, les soulèvements fondés sur la défense de la sacralité d'Ahl al-Bayt (que la paix soit sur Eux) et sur l’appel des hommes vers Eux ne relèvent nullement de l’objet visé par les traditions susmentionnées.

Il est possible que ertains disent ces hadiths manifestent, à première vue, l’invalidité de tous les soulèvements précédant d’al-Qāʾim (qu’Allah hâte son apparition). Autrement dit, le critère de leur invalidité ne résiderait pas dans le fait que l’appel soit dirigé vers soi-même et en opposition au mouvement des Imams infaillibles (que la paix soit sur Eux), mais dans le simple fait que ces soulèvements précèdent de l’Imam al-Mahdi (qu’Allah hâte son apparition), qu’ils constituent un appel à la vérité ou un appel à l’erreur.

En réponse à cette méprise, il convient de souligner, en premier lieu, qu’il est hautement probable que ces hadiths ne concernent que certains soulèvements particuliers de cette époque et non tous les soulèvements. Car parallèlement à ces hadiths, nous avons également des arguments établissants de manière catégorique l’obligation du commandement du bien et de l’interdiction du mal, laquelle constitue précisément le fondement et la finalité essentielle des soulèvements légitimes.

Deuxièmement : Les traditions approuvant certains soulèvements avant l’Apparition. De très nombreuses hadiths rapportées des Imams infaillibles (que la paix soit sur Eux) attestent que certains soulèvements qui se produiront avant l’Apparition de l’Imam al-Mahdi (qu'Allah hâte son apparition) sont explicitement approuvés, et que les croyants sont même encouragés à s’y rallier. C’est notamment le cas de l’étendard du Yamani (راية اليماني).

L’Imam Khomeini (qu’Allah sanctifie son noble secret), répondant dans son ouvrage Kashf al-Asrar, p. 225 à ceux qui invoquaient les hadiths précédemment mentionnées pour justifier leur opposition, écrit :

Ces hadiths n’ont absolument aucun rapport avec l’établissement d’un gouvernement divin juste, dont tout homme doué de raison reconnaît la nécessité.

Quant au premier hadith, deux interprétations sont envisageables:

La première c'est qu’il concerne les événements annonciateurs de l’Apparition de l'Imam du temps (qu'Allah hâte son apparition) et les signes précédant sa venue. Il signifierait alors que les étendards qui seront levés avant le soulèvement du Qaʾim en revendiquant l’Imamat sont des étendards illégitimes.

La seconde possibilité c'est qu’il s’agisse d’une prédiction concernant les gouvernements qui se succéderont dans le monde jusqu’à l’Apparition, lesquels, dans leur ensemble, manqueront à leurs devoirs, comme cela a été le cas jusqu’à présent…

Dans un autre discours, publié dans le Sahifaye Imam, vol. 21, p. 14, il déclare également :

Ces traditions visent ceux qu'ils levont d'étendard en concurrence avec l'Imam al-Mahdi, c’est-à-dire celui qui prétend lui-même à la Mahdawiyah et érige un autre étendard au nom de l'Imam.

L’échec apparent des soulèvements précédant l’Apparition

Certains ont également prétendu que les traditions annonçant l’échec des soulèvements antérieurs à celui de l’Imam al-Mahdi (que la paix soit sur lui) démontrent l’illégitimité de toute tentative visant à instaurer un gouvernement islamique. Selon eux, une entreprise vouée à l’échec est, du point de vue de la raison et des sages, dépourvue de valeur et ne saurait être légitime.

Parmi les traditions invoquées figure celle rapportée de l’Imam al-Sadjad (que la paix soit sur Lui) dans le livre al-Kafi, vol. 8, p. 264 :

واللهِ ما يخرجُ واحدٌ منّا قبلَ خروجِ القائمِ إلّا كان مَثَلُه كمَثَلِ فَرخٍ طارَ مِن وَكرِهِ قبلَ أن يستويَ جناحاه، فأخذَه الصبيانُ فلعِبوا به.

Par Allah ! Aucun d’entre nous ne se soulèvera avant le soulèvement du Qāʾim sans être comparable à un oisillon qui quitte son nid avant que ses ailes ne soient suffisamment développées ; les enfants le capturent alors et jouent avec lui.

Certains en ont conclu que tout soulèvement destiné à établir un gouvernement islamique est non seulement voué à l’échec, mais qu’il entraîne également des épreuves et des souffrances pour l'Ahl al-Bayt. Ils en déduisent qu’il faudrait renoncer à toute tentative d’établissement d’un gouvernement islamique avant le soulèvement de l’Imam al-Mahdi (qu'Allah hâte son apparition).

Outre les faiblesses affectant la chaîne de transmission de ce hadith, son invocation est erronée pour plusieurs raisons.

1- Ce hadith n’a nullement pour objet de condamner le principe du soulèvement ; elle se borne à annoncer l’absence de victoire. Si l’on prétendait malgré tout qu’elle interdit tout soulèvement, il faudrait alors conclure que le soulèvement de l’Imam al-Hussein (que la paix soit sur Lui) contre Yazīd, celui de Zayd ibn Ali, celui de Hussein ibn Ali (le Martyr de Fakh), ainsi que d’autres mouvements similaires, seraient eux aussi condamnables. Or il est établi avec certitude que ces soulèvements furent approuvés par les Imams (que la paix soit sur Eux).

Ainsi, dans le livre al-Kafi, vol. 8, p. 264, l’Imam al-Sadiq (que la paix soit sur Lui) dit au sujet de Zayd le Martyr :

لا تقولوا خرجَ زيدٌ؛ فإنَّ زيدًا كان عالمًا صدوقًا، ولم يدعُكم إلى نفسِه، وإنَّما دعاكم إلى الرضا من آلِ محمدٍ عليهم السلام، ولو ظفرَ لوفى بما دعاكم إليه، إنَّما خرج إلى سلطانٍ مجتمعٍ لينقضَه.

Ne dites pas que Zayd devint un infidèle. Car, Zayd était un homme savant et véridique. Il ne vous appelait pas à lui-même, mais à l'Ahl al-Bayt (que la paix soit sur Eux). S’il avait remporté la victoire, il aurait fidèlement tenu l’engagement auquel il vous appelait. Il s’est levé contre un pouvoir solidement établi afin d’en renverser les fondements.

2- L’absence de victoire n’implique nullement l’absence d’obligation religieuse de se lever contre l’injustice.

Par exemple, Ibn Shahr Ashoub rapporte dans son livre al-Manaqib, vol. 2, p. 259, qu’au cours de la bataille de Siffein, la rumeur de la mort de Muʿawiyah se répandit parmi les combattants. Les gens s’en réjouirent, mais l’Imam Ali (que la paix soit sur Lui) leur a dit :

واللهِ الذي نفسي بيده، لا يموتُ معاويةُ حتى تجتمعَ عليه الأمةُ.

Par Allah, il ne mourra pas jusqu'á les gens se rassemble autour de lui et qu'il ait pris le pouvoir.

On lui demanda alors :

Pourquoi donc le combattez-vous ?

Il répondit :

أريدُ أن أُعذَرَ إلى اللهِ.

Je veux avoir une excuse valable devant mon Seigneur.

Cette tradition, ainsi que d’autres semblables, enseigne que le croyant est tenu d’accomplir son devoir religieux sans conditionner son engagement à l’obtention certaine du résultat espéré.

3- D’autres traditions annoncent explicitement certains soulèvements qui précéderont celui de l’Imam al-Mahdi (que la paix sur soit Lui) et qui prépareront l’avènement de son gouvernement.

Il est évident que leur rôle préparatoire suppose un certain degré de réussite. En outre, le fait même de préparer les conditions favorables à l’établissement du gouvernement de l'Imam al-Mahdi (que la paix sur soit Lui) constitue déjà, en soi, un immense accomplissement.

L’un des exemples les plus significatifs est celui de la sortie du Yamani, dont l’étendard est qualifié dans de nombreuses hadiths comme étant le plus guidé de tous les étendards.

4- Si ces hadiths devaient être interprétées comme une interdiction générale de tout soulèvement et de toute lutte contre l’oppression et la corruption, elles seraient alors en contradiction manifeste avec les versets coraniques relatifs au jihad, à l’obligation d’ordonner le bien et d’interdire le mal, ainsi qu’avec la conduite constante des Imams infaillibles (que la paix soit sur Eux).

Or, lorsqu’une interprétation d’un hadith entre en conflit avec les enseignements explicites du Noble Coran, c’est nécessairement le Coran qui fait autorité. Dès lors, ces hadiths ne sauraient être comprises comme une interdiction absolue de combattre l’injustice ni de travailler à l’établissement d’un gouvernement fondé sur les principes de l’islam.

Le silence et le retrait de la scène publique

Certains hadiths invitent les croyants à observer le silence et la retenue, et les dissuadent de prendre part à tout soulèvement ou mouvement de lutte avant la réalisation des signes annonciateurs de l'apparition.

Par exemple, il est rapporté dans le livre al-Kafi, vol. 8, p. 264, que l'Imam Jaʿfar al-Sadiq (que la paix soit sur Lui) dit à Sudayr :

يا سَديرُ، الْزَمْ بَيْتَكَ، وَكُنْ حِلْسًا مِنْ أَحْلاسِهِ، وَاسْكُنْ ما سَكَنَ اللَّيْلُ وَالنَّهارُ، فَإِذا بَلَغَكَ أَنَّ السُّفْيانِيَّ قَدْ خَرَجَ فَارْحَلْ إِلَيْنا وَلَوْ عَلى رِجْلِكَ.

Ô Sudayr ! Reste dans ta maison, garde calme tant que tu apprendras que le Sufyani est sorti, rejoins-nous, fût-ce à pied.

Selon certains, la portée de ce hadith ne serait pas limitée à la seule personne de Sudayr ; ils estiment qu'il imposerait à tous les croyants, en tout temps, de s'abstenir de tout soulèvement et de toute initiative politique ou militaire jusqu'à l'apparition du Sufyani et des autres signes de l'apparition.

En réponse à cette interprétation, il convient de souligner que la généralisation d'une prescription aux autres et aux autres époques suppose que l'on dispose d'une preuve certaine établissant que l'Imam (que la paix soit sur Lui) ne visait ni une personne déterminée ni un contexte particulier.

Par conséquent, même si on dit que la chaîne de transmission de ces hadiths n'ont pas aucun de problème, aucune d'entre elles ne saurait remettre en cause la légitimité d'un gouvernement ou d'un soulèvement durant l'époque de la Grande Occultation. Ces hadiths condamnent uniquement les mouvements insurrectionnels dépourvus des conditions requises par la Loi révélée, ou ceux qui sont entrepris pour des objectifs corrompus, mus par les passions, l'ambition personnelle ou la soif du pouvoir.

En revanche, lorsqu'un soulèvement est conduit conformément aux critères établis par la Sharia, sous l'autorité d'un dirigeant juste à savoir le faqīh réunissant les conditions requises et que ses objectifs sont pleinement conformes aux enseignements de l'Islam, un tel mouvement constitue assurément une préparation à la révolution universelle de l'Imam al-Mahdi (qu'Allah hâte son apparition). Non seulement il n'entre pas dans le champ des interdictions mentionnées par ces traditions, mais, dans certaines circonstances, les efforts déployés pour son établissement peuvent même revêtir un caractère obligatoire.

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